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CONFERENCES

Cette commission est chargée de sélectionner les conférenciers et thèmes des quinze conférences qui sont données chaque année.

Elle est dirigée par  Michelle Le Cocq et est composée d'une  douzaine de personnes. 

Les conférences ont lieu le vendredi, à 14 h 30. Les conférences sont réservées aux adhérents de l'UTL et dans la limite des places disponibles.

INFORMATION EXPOSITION  SUR JEAN ZAY A CHATELAUDREN ( 07/11 OCTOBRE 2019)

Nous  avons  programmé le  vendredi  10 avril 2020  une  conférence  sur Jean ZAY ( 1904-1944), personnalité  importante de  notre  histoire républicaine  dont  le  corps  repose  au Panthéon .

Nous  avions également  envisagé d'  accueillir  au même moment  une   exposition   concernant  sa vie ,  mais   nous   avons du  y  renoncer  faute de salle  disponible.

Par contre,  nous  avons  été  aimablement  informés  par   nos  collègues  de l' UTL  de Châtelaudren- Plouagat   que  cette  exposition  était accueillie   du  07 au  11 octobre 2019  dans  la  grande salle  de la CDC  rue  de la gare à Châtelaudren .

Cette  exposition  est  ouverte  à  tout public  et  vous  pouvez donc  vous y  rendre.

CONFERENCES 2019/2020

   DATES
TITRE

CONFERENCIER
20/09/2019vieillir est-ce si grave ?Pr Dominique SOMME
Professeur de Gériaterie à RENNES 1
04/10/2019Raoul Dufy, la passion de la couleur et de la lumiereJacqueline DUROC
Docteur en Histoire de l'Art, auteure de livres d'art
11/10/2019Capa, Doisneau, Lartigue: trois regards sur la France du 20e siecleYannick LEVANNIER
Conférencier
08/11/2019Les années 1960-1970 à travers les chansons populairesFréderic MALLEGOL
Professeur agrégé et conférencier
22/11/2019Artisanat et travail manuel; les nouveaux contre-pouvoirsPascal PELLAN
29/11/2019
28/11/2019
Eau, source de vie et de conflits ANNULE
REMPLACEE PAR "AGIR FACE AU CHANGEMENTS CLIMATIQUES"
attention c est un jeudi !!!


Roger CUDENNEC
Laurent LABEYRIE Professeur honoraire des Universités, ancien représentant au GIEC
13/12/2019Romain GaryOlivier MACAUX
Docteur ès lettres, conférencier
10/01/2020L'Arabie SaouditeAlain COLLAS
Chargé d'enseignement UCO Bretagne Sud
24/01/2020Magellan et le premier cercle du mondeOlivier MIGNON
Guide Conférencier des monuments nationaux
31/01/2020Histoire de l'art dentaire, des forgerons de villages aux techniques actuellesFrançois PREDINE-HUG
Professeur des universités
14/02/2020New York, XXè siècle : un panorama musicalGuillaume KOSMICKI
Enseignant, conférencier en musicologie
06/03/2020Egalité entre hommes et femmesDanielle BOUSQUET
Présidente du Haut Conseil à l'égalité hommes femmes
Annie LE HOUEROU
ancienne députée, déléguée départementale
27/03/2020La présence chinoise en Afrique: une chance pour le continent noir ?Tidiane DIAKITE
Professeur retraité
10/04/2020Jean ZAY: mémoire d'un homme, modernité d'une oeuvreHélène MOUCHARD
Fille de Jean ZAY, créatrice du Musée Mémorial, enfants du Vèl d'hiv d'Orléans
15/05/2020La lune: influence, légende et explorationCharles FRANKEL
Géologue, auteur scientifique
05/06/2020L'érotisme dans les chapellesBernard RIO
Ecrivain
12/06/2020Jacques Offenbach, une vie étourdissante à l'image de son oeuvreNicole KUSTER
Conférencière, artiste lyrique
19/06/2020L'appel historique du 18 juin 40 ( Général DE GAULLE)Jean-Paul OLLIVIER
Journaliste de télévision, ER

Après la conférence de Frédéric Mallégol

Le compte rendu est lisible ci dessous ou téléchargeable ICI


« Les évolutions de la société française dans les années 1960-1970 à travers les chansons populaires »
 
Revivre vingt années de notre existence, en presque deux heures, à travers des chansons que nous avons entendues, connues, fredonnées à une certaine époque… c’est ce que vient de nous proposer Frédéric Mallégol.
Mais ces chansons sommes-nous certains de les connaître vraiment ? Ne sont-elles pas surtout des mélodies qui ont accompagné notre jeunesse, dont nous connaissions le refrain, quelques bribes de paroles sans doute, mais dont nous n’avions jamais essayé vraiment de percer le sens, encore moins de nous poser la question de savoir si elles véhiculaient les idées de notre époque.
 
C’est ce que Frédéric Mallégol a brillamment mis en lumière, avec beaucoup d’aisance, de brio et de simplicité, au cours de cette conférence qui a passionné les quelque 230 ou 240 adhérents présents dans la salle des Korrigans.
 
Refaisons donc l’histoire de notre société –celle de notre jeunesse – en sa compagnie puisqu’il a eu la gentillesse de nous permettre la diffusion intégrale de son texte.
 
I.            Vers l’émancipation de la société française
 
A.      L’irruption de la jeunesse
 
1.       Un nouveau phénomène culturel et sociétal : la culture jeune
Dans l’histoire sociale française, un phénomène majeur apparaît il y a une cinquantaine d'années : la jeunesse en tant que corps social se distinguant de l'enfance et du monde adulte. Ce n'est pas un phénomène nouveau si l'on songe au mouvement Zazou au moment de l'occupation allemande, mais son ampleur étonne puisque c'est un phénomène démocratique et massif.
Démographiquement, dans les années 1960, les jeunes forment 1/3 de la population totale : c'est, évidemment la génération des babyboomer qui grandit, s'affirme et assume un art de vivre, une culture spécifique.
A l'orée de l'année 1960, le manifeste de cette jeunesse est  ''Nouvelle vague'' de Richard Anthony ; elle nous dresse le portrait d'une jeunesse aux traits culturels affirmés :
- le goût pour la culture anglo-saxonne ; la MG et le coca
- une culture musicale propre : écouter Elvis Presley donc le rock'n roll
- une manière de vivre plus décontractée, moins corsetée  ''une jambe ou deux par-dessus la portière'' et directe en abordant, en draguant les jeunes filles dont le physique avantageux  ''corps bien balancé'' est décrit
- le choc générationnel : ''des gens rassis donnant des coups de griffe avec dépit sur la nouvelle vague'' formule en résonance avec le succès de Sheila '' Papa t'es plus dans le coup'' en 1963 ;  la volonté de se distinguer, de se démarquer du monde adulte est éclatante.
Toutes ces réflexions corroborent les propos du sociologue Edgar Morin dans un article du Monde du 6 juillet 1963 : il invente le mot ''yéyé'' pour désigner ces jeunes (du fait de leur tendance à ponctuer leur phrase par l'anglicisme ''yeah'') : il y parle de''décagénaires'' traduction des teenagers ; il décrit un phénomène de société dans lequel les amours de Johnny et Sylvie remplacent ceux des princesses Margaret ou de Soraya.
Enfin il perçoit l'apparition d’une classe adolescente s'ébrouant avec plaisir dans la consommation de masse. En effet, en raison du plein-emploi qui offre aux jeunes un salaire précocement et de la hausse des revenus qui leur permet d'obtenir aisément de leurs parents de l'argent de poche, ils peuvent acheter par exemple des vêtements qui sont des moyens de reconnaissance identitaire. En effet, être jeune c'est adopter une panoplie vestimentaire commune (blue-jeans, blouson, veste de cuir pour les garçons, robe chasuble pour les filles) distincte du monde de l'enfance et des adultes.
Autre moyen de reconnaissance identitaire : la désignation d'idoles ayant le même âge qu'eux notamment « L'idole des jeunes'' de Johnny Hallyday. Le titre affirme de manière assumée cette rupture et cette émergence de la jeunesse dans le corps social. Dans cette société capitaliste, à l'instar d'Elvis Presley aux Etats-Unis, Johnny est un parfait produit de consommation, complètement formaté : il représente par sa musique, sa coupe de cheveux (la banane), sa veste de cuir, l'archétype du jeune. En somme, 30 ans avant, Johnny aurait pu être un chanteur de guinguettes.
Cette culture jeune est aussi collective avec la notion de bande de copains (allusion à l'émission sur Europe 1 SLC ou du succès de Sheila ''Vous mes copains, je ne vous oublierai jamais »)et des rituels festifs comme les surprises-parties où les danses rythmées, comme le twist, et les slows se succèdent.
 
2.       Une jeunesse encore conventionnelle
Hormis Johnny Hallyday et Antoine, ces idoles apparaissent comme de jeunes gens bien sages en costume cravates pour les garçons, coiffures bien mises pour tous.
Le choc générationnel au début des années 1960 reste timide : permission aux parents pour les fêtes (cf Sheila), majorité 21 ans, illustration par '' Vous permettez Monsieur'' de Salvatore Adamo révèlent le poids moral des parents dans ces premières relations. Les chansons sont plutôt rassurantes et ne vont jamais plus loin que le flirt, bluettes romantiques, la carte du tendre. Pendant l'été 1965, le quart d'heure slow est assez édifiant : après '' Le ciel, le soleil et la mer'', ''Capri, c'est fini'' succède à « Aline ». Les chansons reflètent des désirs peu sensuels comme l'exprime Françoise Hardy dans ''Tous les garçons et les filles'' où son vœu le plus cher est de faire comme les autres jeunes : se promener dans la rue deux par deux avec son amoureux, main dans la main.
'' La plus belle pour aller danser'' de Sylvie Vartan qui rêve seulement de connaître la joie nouvelle du premier baiser. '' J'suis
d'accord'' de Françoise Hardy rappellent que premier rapport sexuel et nuptialité vont de pair : 70 % des femmes à cette époque fondent une famille avec leur premier partenaire sexuel contre 20 % actuellement.
 
3.       Les premiers craquements sous contrôle
Vers 1966, deux chansons témoignent d'un changement de ton'' L'amour avec toi'' de Michel Polnareff qui de manière explicite
suggère le désir sexuel et ironise sur la prétendue moralité de la société. '' Il est des mots qu'on peut penser, mais à ne pas dire en société ''. Censure : la chanson n'est autorisée qu'après 22 heures à la radio après sa condamnation par l'archevêché de Paris
'' Les élucubrations'' d'Antoine, si ce terme pourrait laisser penser à une farce d' étudiant, les observateurs les plus avisés se
rendent surtout compte que c'est une vraie machine de guerre contre l'ordre établi : 
- filiation avec les chanteurs du '' protest song'' américain (Bob Dylan : harmonica,  voix nasillarde et manière lancinante de chanter)
- rejet des conventions (accordéon de Yvette Horner, la tenue vestimentaire)
- le culte du moi et désir personnel ; il porte les cheveux longs parce que cela lui plaît remettant en cause ainsi le pouvoir parental et les normes sociales
- suprême provocation, il propose de mettre ''la pilule contraceptive en vente dans les Monoprix'' : acte illégal, délit et
insolence puisqu' elle contrevient à la loi de 1920 qui interdisait tout discours antinataliste.
Donc, c'est bien une chanson prémonitoire de mai 68.
 
 
B.      La rupture de mai 68 : vers une société libérée, enchantée
 
À l'instar de certains slogans en vigueur dans les manifestations de ce mouvement de la jeunesse comme ''Il est interdit d'interdire'', on observe une véritable explosion émancipatrice notamment en termes de mœurs.
 
1         La libération des mœurs (sexualité-interdits)
''Je t'aime moi non plus'' de Gainsbourg : l'amour physique est entonné de manière crue et directe. Lorsque le titre sort en 1969, un journaliste demande : « Quel est le meilleur agent de publicité ? », Gainsbourg répond : « Sans conteste le Vatican ».
Il a suffi que L'Osservatore Romano qualifie d'obscène la chanson pour qu'elle devienne un tube mondial. À la suite de cela les radios italiennes l'interdisent sur leurs ondes,  puis les suédoises et, enfin, les espagnoles. La radio française en fait de même
L'objet du scandale : une description d'une scène sexuelle et « un duo en râles mineurs » selon L'Express. Jane Birkin n'a que vingt ans Très choqué, le quotidien Il Giornale d'Italia écrit dans ses colonnes : « En l'espace de trois ou quatre minutes, Gainsbourg et Jane Birkin émettent autant de soupirs, de plaintes et de grognements qu'un troupeau d'éléphants en train de s'accoupler ».
Après le scandale de ces ébats chantés, les tourments de l'intimité, la transgression des tabous est claironnée après mai 68 :
''Mourir d'aimer'' de Charles Aznavour raconte l'histoire d'un fait divers scandaleux, l'histoire d'amour interdit entre une professeure coupable d’avoir aimé son élève de 17 ans et qui se suicide. ''II venait d'avoir 18 ans'' de Dalida évoque la relation entre un jeune mineur à l'époque et une femme mûre.
Ces chansons illustrent le changement des mentalités : chaque individu poursuit son propre chemin intime et amoureux qui peut sortir du cadre conventionnel.
Bilan : ces chansons révèlent la révolution sexuelle marquée par l'amour libre et non procréateur, l'égalité et l'émancipation
sexuelles, la tolérance envers toutes les sexualités.
L'État tente, tant bien que mal, de prendre en considération cette révolution des valeurs :
-   abaissement de la censure au cinéma dans la chanson (record du nombre de salles de cinéma X, toutes les villes moyennes en possédaient et Paris une trentaine)
-   éducation sexuelle à l'école à partir de 1974 repris avec ironie par Pierre Perret ''Le zizi'' où selon le témoignage d' un élève ''afin de nous ôter nos complexes, on nous donne des cours sur le sexe'' et  une institutrice décrivant l'organe masculin, sous toutes les coutures, dans toutes les situations imaginables.
 
2.        La revanche des exclus (homosexualité, l' étranger, provinces, femmes)
- Les femmes, victimes du sexisme ambiant et d'une société patriarcale (il faut attendre 1965 pour que les femmes puissent
obtenir un compte bancaire ou  postuler à un emploi sans l'accord de leur mari) luttent pour l'égalité des droits avec les hommes tant d'un point de vue professionnel que personnel = émergence du féminisme incarné par le mouvement MLF
Jean Ferrat en 1975 triomphe avec ''La femme est l'avenir de l'homme'' combat pour une libre procréation illustré en 1967 par la libéralisation de la contraception (1975 loi sur l'avortement) et la fin de la domination masculine.
 
- Les homosexuels : double discrimination
→légale : le délit d'homosexualité, hérité de Pétain permettait de punir «d'un emprisonnement de six mois à trois ans  toute personne qui aura commis un acte impudique ou contre nature avec un individu mineur du même sexe.» Une disposition qui n'existait pas pour les actes hétérosexuels.
→ sociale : l'homosexuel est mis à l'écart, marginalisé, un inverti ou une grande folle comme d'ailleurs certaines chansons le révèlent comme '' La grande Zoa'' par Régine ou '' Le rire du sergent'' de Michel Sardou.
'' Comme ils disent'' de Charles Aznavour présente la vie d'un homo, sa sensibilité, son amour pour un autre homme. La formule
''C'est bien la nature qui est seule responsable si je suis un homo comme ils disent'' vient en écho et en opposition aux propos
communs à l'époque d'actes contre-nature. Aznavour, ici aussi, se fait le porte-parole de la liberté amoureuse et de la tolérance sexuelle.
- La revanche des exclus touche aussi les étrangers victimes de la xénophobie populaire et défendus par ''Le métèque'' de Moustaki.
- Les provinces sont aussi à l'honneur : Corses, Basques et surtout Bretons revendiquent plus d'autonomie face à un Etat
centralisateur comme l’illustre ''La blanche hermine'' de Gilles Servat.
 
3.        De nouvelles aspirations politiques
Le rejet des institutions politiques contre toute forme d'autoritarisme étatique mis en exergue par  '' Les anarchistes''
de Léo Ferré ou bien ''Parachutiste'' de Maxime Le Forestier dont les paroles antimilitaristes sont dans toutes les mémoires.
Aux yeux de nombreux ''Soixante-huitards'' : le père, l'Etat, le policier ou l'armée représentent une autorité à renverser.
 
En conséquence, de nouvelles aspirations (gauchisme, vie communautaire et proche de la nature) émergent.
En 1970,  Johnny Hallyday s'offre une conscience politique et prend la vague flower power grâce à Philippe Labro, journaliste, Dans Jésus-Christ, Johnny chante que le Messie, "s'il existe encore", soigne les blessés à Woodstock, "aime les filles aux seins nus", porte un "pancho mexicain sur le dos" '' Fume de la Marie-Jeanne'' et se fait régulièrement arrêter pour vagabondage. Avec ce refrain :"Jésus, Jésus-Christ, Jésus-Christ est un hippie."
L'hymne des hippies ou des babas-cool reste surtout '' San Francisco'' de Maxime Le Forestier où vie en communauté se conjugue avec liberté.
Ce retour à la nature favorise le développement du naturisme célébré par Brigitte Bardot dans ''nue au soleil'' et surtout l'essor
de l'écologie défendue par Nino Ferrer dans ''La maison près de la fontaine'', '' Le petit jardin'' de Jacques Dutronc. Ainsi, en 1974,  l'écologie politique naît avec un premier candidat aux élections présidentielles : René Dumont
Dans les années 1970, des communautés se créent médiatisées par la mobilisation contre la construction d'un camp militaire au
Larzac au sud du Massif central qui cristallise toutes ces aspirations : retour à la nature, régionalisme, vie communautaire,
antimilitarisme
Mais résumer la société à ces mutations émancipatrices est très réducteur.
 
II.             La permanence d'une société parfois rétrograde
 
A)     Un conservatisme revendiqué
 
1.       Opposition aux idées de mai 68
''Mes universités'' de Philippe Clay, le chanteur s'en prend aux soixante-huitards qui n'ont pas connu la guerre et
l'occupation. Dans cette chanson, il dénonce les utopies gauchistes comme le maoïsme, l'addiction à la drogue, le côté petit-bourgeois. (Les révolutionnaires de salon face aux vrais résistants)=conflit de génération entre l'esprit de la résistance et celui de mai 68.
C'est bien cette majorité silencieuse et conservatrice défendue par Philippe Clay, regardant les émissions de variété présentées par Guy Lux qui porte à la victoire, en 1969, Pompidou , l'héritier de Charles de Gaulle. Elle a ses chanteurs fétiches comme Gilbert Bécaud qui interprétait '' Tu le regretteras'' en évoquant le départ futur du général. Des chansons ont assez d'auditoire pour devenir numéro un des ventes malgré un contenu assez rétrograde.
''Cheveux longs et idées courtes'' de Johnny Hallyday dénonce le pacifisme utopique des hippies, le militantisme et leurs cheveux longs.
 
                                      2.    Le poids de la religion
Nous avons vu fréquemment l'influence du clergé sur les mœurs et l'interdiction de certaines chansons trop licencieuses. Si la déchristianisation s'amorce, le poids de la religion reste fort :
- union libre limitée (moins de 6 % à la fin de notre période),
- mariages religieux encore majoritaires malgré une baisse (80 % en 1960, 66 % en 1980), 78 % d'enfants baptisés en 1970. La France majoritairement catholique conserve un nombre stable de pratiquants durant toute la période (20%)
Cette France catholique fait un succès pour Les Chanteurs à la croix de bois ou encore Sœur sourire, seule chanson francophone à être n°1 aux Etats-Unis.
 
3.    La revendication de l'esprit franchouillard
Au sommet des hit-parades, les chanteurs rivalisent de refrains où se mêlent gauloiserie, gaudriole et misogynie
''Les petites femmes de Pigalle'' de Serge Lama, '' Le sirop typhon'' de Richard Anthony, chanson à boire, réduisent le peuple français à des ripailleurs adeptes de filles faciles.
Cette France réac et patriotique va trouver son idole en la personne de Michel Sardou qui fait feu de tout bois
Alors que les gauchistes dénoncent l'intervention américaine au Viêt Nam, lui défend '' Les Ricains''
Adepte des gauloiseries souvent misogynes, il atteint le sommet des hit-parades avec ''Les bals populaires'' ironise sur les homosexuels dans ''Le rire du sergent''. Sa pensée se résume dans ''J'habite en France'' : hymne chauvin aux accents phallocrates et virils déplacés.
Provocation suprême, alors que le mouvement abolitionniste est très fort en 1976, il défend le maintien de la peine de mort avec ''Je suis pour''. La haine anti Sardou bat son plein comme l'attestent certaines unes de journaux.
 
B)      Des structures sociétales inchangées
 
1.        La famille
Il faut comprendre que même la chanson la plus anodine peut diffuser un message quasi subliminal ou inconscient : générant des valeurs sociétales inchangées, ces chansons reflètent la permanence du modèle familial :'' Les vacances au bord de la mer'' de Michel Jonasz souligne la structure familiale écrasante dans les années 1970 : la famille nucléaire : le père, la mère et les enfants = modèle traditionnel.
Aujourd'hui il y a 3 fois plus de familles monoparentales. En effet, il y avait peu d’enfants nés hors mariage. Alors qu'ils
représentaient seulement 7% en 1950, ils représentent aujourd’hui près de 53%. L'évocation de cette famille de Français moyens partant en vacances au bord de la mer révèle que cette structure de vie quotidienne partage aussi les loisirs ensemble avec la généralisation des vacances et congés payés (3e semaine en 1956 et 4e à la fin des années 1960). La famille n'est pas
seulement une cellule de reproduction, mais aussi de consommation.
L' expression 'Mon père, ma sœur, ma mère'' conforte aussi la structure pyramidale avec, au sommet de la hiérarchie, le père : il
faut attendre 1970 pour que l'autorité parentale remplace l'autorité paternelle dans le Code civil.
En 1978, '' Emmène-moi danser ce soir'' interprétée par Michèle Torr révèle une vision patriarcale de la famille. Elle ose dire ''Tu m'as donné de beaux enfants tu sais'' au lieu d'affirmer ''nous avons eu de beaux enfants'', vision d'une femme reine du foyer soumise au bon vouloir de l'homme → ''Déposer ton tablier'' et '' Ton fauteuil, ton journal, ta cigarette et la télé'' prouve le déséquilibre criant dans la répartition des tâches ménagères entre les hommes et les femmes. 5 heures pour les
femmes et moins de 2 heures par jour pour les hommes en 1974.
 
2.        Des conventions amoureuses rassurantes
La vague des chanteurs de charme Mike Brant, Joe Dassin, Christian Delagrange n'offrent que des bluettes romantiques dont
le conformisme mièvre rappelle celui des générations précédentes (cf Tino Rossi, Jean Sablon) (le scénario classique étant le bellâtre désespéré pleurant son amour perdu). Les relations amoureuses restent très pudiques : la carte du tendre est toujours à l'ordre du jour.
Il y aussi la mode des duos comme Sheila et Ringo, Stone et Charden et même Johnny Hallyday et Sylvie Vartan : ce n'est pas
anodin. Ces couples à la scène comme à la ville chantent des valeurs simples, morales et reconnues par l'opinion publique :
stabilité et fidélité.
 
3.        Une société urbanisée et industrielle dominée par Paris
Depuis les années 30, la société française est majoritairement urbaine et industrielle ; dans les années 1960,  la fin du cycle de
 l'exode rural est mise en lumière par ''La Montagne'' de Jean Ferrat où l’accès à la modernité urbaine, synonyme de consommation de masse s'oppose à la culture rurale ancestrale.
Dans cette opposition villes-campagnes, le clivage Paris/province est prégnant. Le centralisme dominateur parisien est toujours en vigueur malgré le dynamisme et  le réveil des régions, notamment en Bretagne si l'on songe à la renaissance de la culture bretonne incarnée par Stivell, Glenmor ou Tri Yann.
Dans l'esprit des Français des années 1970, l'ascension sociale signifie toujours la montée vers Paris, ''La Grand' Ville''. Deux
modèles achoppent :
-                 Celui de la provinciale mal dégrossie : '' Fleur de province'' de Charlotte Jullian, Le mythe de la Bécassine est loin de s'éteindre (cf Chantal Goya)
-               À contrario, celui du Rastignac ambitieux : ''Le Loir-et-Cher'' de Michel Delpech illustre le regard croisé d'un provincial qui a réussi et sa famille accrochée à la terre de ses ancêtres, aux sentiments d'infériorité face au parvenu méprisant revenu le
 temps d'un week-end au pays.
 
III.            A la fin des années 1970 : une société plus réaliste et désenchantée
 
A)     La dureté des rapports sociaux
 
1.  La crise économique et la montée du chômage
Les années 1970 sont marquées par deux chocs pétroliers (1973, 1979) qui accélèrent une crise économique tenace avec son cortège de faillites d'entreprises et de licenciements : hausse du chômage. On passe d'un chômage résiduel en 1972, à 450000 en 1974 et 1 million en 1976.
 
''Il ne rentre pas ce soir'' d'Eddy Mitchell raconte le traumatisme d'un homme licencié, effondré comparé à un ''mari trompé'' ou ''un travailleur immigré''= honte, sentiment inédit dans une société de plein-emploi qui affronte pour la première fois un chômage de masse durable.

2.      La montée de la xénophobie
La montée du chômage renforce la xénophobie et le racisme liés à une immigration de travail importante, ce mouvement anti-immigration émerge avec la création du Front National (affiche de 1977) →
 
''Lily'' de Pierre Perret,  « Mamadou m'a dit » de François Béranger prouvent la mobilisation des chanteurs envers les immigrés victimes de discriminations dans la vie personnelle et professionnelle.
 
                
       3.     Le malaise des banlieues
Ce sont surtout les quartiers périphériques des grandes métropoles françaises qui vont subir de plein fouet les premiers effets de la crise économique en raison de la forte proportion d'ouvriers et d'immigrés : chômage, misère, délinquance illustrent le malaise de ces quartiers défavorisés.
Les premiers chanteurs à se revendiquer les porte-paroles ne sont pourtant pas originaires de ces quartiers :
'' Laisse béton'' de Renaud popularise le  verlan langage des loubards de banlieue et '' Quand on arrive en ville '' de Daniel Balavoine révèle l'équation ressentie chez les Français : classes défavorisées = classes dangereuses.
Dès 1979 : les premières flambées de violence dans les banlieues apparaissent (Vaulx-en-Velin). Cette chanson '' Quand on arrive en ville'' est extraite de l'opéra-rock Starmania de Michel Berger et Luc Plamondon. Cet album qui nous plonge dans un futur proche met en lumière les angoisses de notre société désenchantée et en perte de repères.
 
B)       La difficulté des rapports personnels
 
1.       L'augmentation des divorces
 
Désir, liberté individuelle, émancipation personnelle, culte du moi, baisse d'influence de la religion entraînent une hausse spectaculaire des divorces.
'' Les divorcés'' interprété par Michel Delpech, annoncent, 2 ans avant la séparation à l'amiable, le divorce par consentement mutuel  légalisé en 1975. Cette chanson qui nous présente tous les affres de la séparation (avocat) questionne le système de garde illustré aussi par ''Le téléphone pleure'' de Claude François et montre que la garde exclusive était réservée à la mère (aujourd'hui à peine 7 % au père) et  la garde alternée était marginale.
Le nombre de familles monoparentales qui double avec des femmes contraintes de travailler augmente aussi.
 
2.        Des relations amoureuses déstabilisées
L'amour libre, l'émancipation féminine semblent désarçonner beaucoup d' hommes en perte de repères créant de véritables angoisses existentielles.
''Où sont les femmes ?'' de Patrick Juvet, se questionne sur l'émancipation sexuelle des femmes considérées comme de vraies amazones, indépendantes, ayant pris le dessus sur les hommes (les machos) en écho avec l'essai de Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut,  Nouveau désordre amoureux, critiquant les excès de la libération sexuelle,  prétendant que :'' l'amour ne se prête pas à la révolution'' ou de Roland Barthes avec Fragments d'un discours amoureux.
 
3.       La hausse des solitudes
Divorce, fragilité des relations sentimentales, mais aussi déclin des solidarités traditionnelles surtout dans les grandes métropoles.
'' Les uns contre les autres'' de Fabienne Thibault montre les ravages de la solitude des grandes métropoles, loin des utopies
communautaires : doublement en 30 ans.
 
Conclusion
En 20 ans, une génération de Français aura connu une série de bouleversements considérables. Dans ce kaléidoscope accéléré de ce Français des années 1960-70, j'imagine que furtivement vous vous êtes retrouvés. Étiez-vous le baba-cool aux cheveux longs ? La féministe revendicatrice ? L'ado portant blue jean et polo tenant la main d'une fille portant à merveille une robe chasuble ? Le jeune séminariste vouant aux gémonies la libération sexuelle ? Le jeune père de famille avec femmes et enfants ?
Quoi qu'il en soit, vous étiez tous le visage de cette France.
Comme en France et dans mes conférences, tout se termine par une chanson, j'ai déniché une perle rare, un condensé des
principaux apports de cette prestation : quête existentielle, écologie, amour libre, solitude, décalage Paris/province,
féminisme c'est « La Parisienne » interprétée par Marie-Paule Belle.

APRES LA CONFERENCE DE MONSIEUR LEVANNIER: 3 REGARDS SUR LA FRANCE

Le compte rendu de cette conférence est  téléchargeable
ICI



APRES LA CONFERENCE DE  RAOUL DUFY

Le compte rendu de cette conférence est téléchargeable ICI

APRES LA CONFERENCE DU PROFESSEUR SOMME : Vieillir, est-ce si grave ?

Le compte rendu de cette conférence est  téléchargeable en cliquant ICI.


IMPORTANT

ATTENTION !!!
La conférence initialement programmée le 29 novembre 2019 " Eau, source de vie, source de richesse" ne pourra avoir lieu, le conférencier ayant un problème de santé.
Elle sera remplacée par une conférence choisie dans le même registre "Agir face aux changements climatiques" que nous propose Monsieur Laurent LABEYRIE,
Professeur honoraire des Universités, ancien représentant au GIEC.
Cette conférence aura lieu au cinéma Les Korrigans, mais, exceptionnellement un jeudi : le jeudi 28 novembre à 14h30, Monsieur Labeyrie étant indisponible le vendredi 29.

Merci pour votre compréhension.

LIEU DES CONFERENCES

Localisation des conférences :

Les conférences de l’UTL ne pourront pas cette année se tenir dans l’amphi. de l’UCO. L’ établissement nous a prévenu à la rentrée que l’ évolution de l’ effectif
des étudiants accueillis l’ oblige désormais à utiliser l’ amphi. le vendredi.
La conférence du vendredi 20 septembre ( Vieillir, est-ce si grave !) a eu lieu dans la salle Multifonctions de Grâces située au bourg.
Il en est de même pour les conférences des 11 octobre et 22 novembre.
Les autres conférences prévues au programme auront lieu au cinéma. Les Korrigans.